Baker, Joséphine

Créé le 29 septembre 2010 |
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(1906-1975) - Interprète

Le Paris des années folles aimait le jazz. Enfin les élites l'aimaient, accueillant les artistes noirs qui le leur faisait découvrir avec passion. "L'art nègre" comme on disait alors en France (pays de l'abolition de l'esclavage) gagnait toute les disciplines : la peinture avec Picasso, la poésie avec Apollinaire, la toute nouvelle muséologie avec Georges-Henri Rivière. Joséphine Baker dans ce contexte est apparue comme celle qu'on attendait ici, mais qu'on percevait au travers de tous les clichés et projections d'alors : la sauvagerie, là où se trouve la rigueur de la note et de la posture, l'instinct plutôt que l'expression d'une autre culture.


BIOGRAPHIE :

Née dans une famille pauvre du Missouri, elle débute comme danseuse dans de petites troupes, puis participe à des revues noires à Broadway. En 1925, sa troupe, dont fait partie Sidney Bechet, arrive à Paris pour monter la Revue Nègre au Théâtre des Champs-Elysées. C'est l'événement.

Joséphine Baker, presque nue, interprète un tableau baptisé "la danse sauvage", dans un style dégingandé, échevelé et suggestif qui la propulse vedette du jour au lendemain. "Triomphe de la lubricité" et "retour aux moeurs des premiers âges" pour certains chroniqueurs, son style nouveau fait scandale et éblouit un public fasciné.

Dès 1926, Paul Derval l'embauche pour mener ses revues aux Folies- Bergère. Elle y danse vêtue de sa fameuse ceinture de bananes, et commence à chanter. C'est en 1930, au Casino de Paris, où sa revue succède à celle de Mistinguett, qu'elle interprète "J'ai deux amours", un titre taillé sur mesure pour elle par Géo Koger et Vincent Scotto (dont elle reprend également "La Petite Tonkinoise"). Le succès de "J'ai deux amours", sa chanson fétiche, marque aussi son acte de naturalisation auprès du public français.

L'artiste scandaleuse de la Revue Nègre, celle qui a popularisé en France le charleston, devient l'égérie de la mode parisienne. On se passe la peau au brou de noix pour lui ressembler ; on s'enduit les cheveux de Bakerfix. Et pendant toute sa carrière, Joséphine Baker interprétera un nombre impressionnant de titres consacrés à Paris ("Sous les ponts de Paris", "Mon Paris", "Ca c'est Paris", "La Romance de Paris", "Fleur de Paris", "Paris Tour Eiffel", "Sous le ciel de Paris", "En avril à Paris"). Peu importe que l'artiste noire soit une pure américaine, elle incarne le fantasme de la sauvage civilisée. D'ailleurs, elle est nommée reine de l'Exposition coloniale en 1931, et tourne dans "Zouzou", avec Jean Gabin, en 1934 (elle y interprète "C'est lui" et "Haïti" de Vincent Scotto et Georges Van Parys) et dans "Princesse Tam Tam", en 1935 ("Sous le ciel d'Afrique").

Elle se produit encore au Casino de Paris en 1932 ("Si j'étais blanche"), et monte en 1934, "La Créole", une opérette d'Offenbach, avant de partir aux Etats-Unis pour participer aux Ziegfield Follies en 1935 à Broadway. L'accueil mitigé du public américain la fait rentrer en France, où elle joue dans des revues aux Folies-Bergère et au Casino de Paris en 1939, en compagnie de Maurice Chevalier. En mars 1939, elle enregistre "Sur deux notes" (Paul Misraki), popularisée par Ray Ventura et ses Collégiens l'année précédente. A partir d'octobre 1940, et durant toute la période de l'Occupation, les artistes juifs et noirs sont interdits de scène. Elle se réfugie au Portugal, puis au Maroc, après s'être brièvement produite à l'Opéra de Marseille, alors en zone libre.

A la Libération, elle est accueillie à Paris en héroïne pour avoir collaboré aux services de renseignements de la France Libre, avec le grade de sous-lieutenant. Elle enchaîne les galas de bienfaisance pour les victimes de la guerre, part en tournée aux Etats-Unis, et fait ses adieux (les premiers d'une longue série) aux Folies-Bergère en 1949. L'époque n'est plus au music-hall. Joséphine Baker investit sa fortune en achetant un château dans le Périgord, et en adoptant des enfants de tous pays. Elle est rapidement ruinée, et reprend donc les tournées (Etats-Unis, Mexique, Cuba) et les spectacles (Olympia en 1956 pour ses 50 ans). En 1968, Bruno Coquatrix organise une soirée à l'Olympia pour la soutenir, et lui fait enregistrer un disque.

Elle remonte sur scène en 1975 à Bobino, dans un spectacle retraçant sa carrière. Victime d'un malaise lors de la deuxième représentation, elle meurt quelques jours après.

 

Crédits des chansons à écouter ci-dessous :

Blue skies (Irving Berlin) // J'ai deux amours (Géo Koger-Henri Varna/Vincent Scotto) // La petite tonkinoise (Georges Villard-Henri Christiné/Vincent Scotto) // Voulez-vous de la canne à sucre ? (Léo Lelièvre-Henri Varna/Paddy) // Dis-moi Joséphine (Marc Cab-Léo Lelièvre-Henri Varna/Zerkowicz Bela) // Si j'étais blanche (Henri Varna-Bobby/Lennart Falk) // C'est lui (Roger Bernstein/Georges Van Parys) // Haïti (Géo Koger-Emile Audiffred/Vincent Scotto) // Sous le ciel d'Afrique (André de Badet/Jacques Dallin) // Nuit d'Alger (Maurice Hermitte/Pierre Larrieu) // C'est un nid charmant (Lorenz Hart/Richard Rodgers) // De temps en temps (André Hornez/Paul Misraki)


EXTRAITS AUDIO :
 

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