Magny, Colette

Créé le 29 septembre 2010 |
Mots clés :

(1926-1997) - Auteur, Compositeur, Interprète

Colette Magny naît à Paris le 31 octobre 1926. Son père est épicier. Sa mère entame une carrière d’actrice sur le tard. Colette Magny se passionne pour le chant par le biais de sa mère qui est également chanteuse lyrique amateur. En 1948, elle entre à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) comme secrétaire bilingue et traductrice.

Son intérêt pour la culture anglophone et pour le chant l’amène à écouter de grandes voix du blues, telles Bessie Smith, Ma Rainey et de jazz comme Ella Fitzgerald. Le musicien de jazz Claude Luter qu’elle fréquente lui apprend les rudiments de la guitare et du banjo. Colette Magny chante en s’accompagnant à la guitare tout d’abord pour ses amis, des reprises de blues, puis ses propres compositions.

En 1962, à 36 ans, elle quitte son travail et décide de se consacrer à la chanson. Au printemps de la même année, elle se produit au cabaret la Contrescarpe. Elle chante également à la Vielle grille, au Port du salut, Chez Monique Morelli… Mireille la remarque à la Contrescarpe et l’invite dans son Petit Conservatoire. Le 8 décembre, Colette Magny y chante en direct à la télévision et le grand public découvre sa version de « Saint James Infirmary ». En 1963, elle sort un premier 45 tours quatre titres avec deux reprises de Bessie Smith (« Basin Street Blues » et « Nobody knows you when you’re down and out ») et deux compositions personnelles (« Melocoton » et « Co-opération »). « Melocoton » devient un tube, le seul de sa carrière, et Colette Magny passe en lever de rideau en avril à l’Olympia, avec Pierre Vassiliu, du spectacle de Sylvie Vartan et Claude François.

En 1964, elle publie Frappe ton cœur, 33 tours 25 cm, comprenant huit chansons originales en français (« Frappe ton cœur », « Choisis ton opium », « 4 C »…), enregistrées avec le guitariste de blues noir américain Mickey Baker. Colette Magny y utilise la technique de collage de textes, en mélangeant des citations de différents auteurs avec ses propres mots (« Frappe ton cœur » et « Choisi ton opium »). Elle aborde les thèmes du racisme au quotidien (« Le beurre et la frite »), de l’indifférence sociale (« Le mal de vivre »), du danger nucléaire (« 4 C »)… Son premier album 33 tours communément appelé Les Tuileries paraît en 1965. Il comprend quatre blues en anglais dont « Rock me more and more » et « Any Woman’s blues », trois compositions personnelles (« Melocoton », « Co-opération » et « La terre acquise »). Le reste est consacré à la mise en musique de poèmes. Colette Magny chante les vers de Victor Hugo (« Les Tuileries », « Chanson en canot »), d’Arthur Rimbaud (« Chanson de la plus haute tour »), de Rainer Maria Rilke (« Heure grave »), d’Antonio Machado (poète espagnol, « J’ai suivi beaucoup de chemins »), d’Antonio Jacinto (poète angolais, « Monangamba »).

Avec André Almuro, compositeur, membre du Groupe de recherches musicales (GRM) de la RTF (Radiodiffusion Télévision Française), elle aborde la musique électroacoustique contemporaine. En 1966, sort Avec, long poème récité et chanté par Colette Magny (composé de ses propres textes, de poèmes de Guy Lévis Mano et de Rilke, de citations tirées de la presse du moment sur le thème du surarmement…), sur une structure musicale d’Almuro.

L’année suivante avec l’album Vietnam 67, Colette Magny se pose véritablement en chroniqueuse militante de son époque : guerre du Vietnam (« Vietnam 67 »), soutien à Cuba (« Viva Cuba »), aux grévistes des chantiers navals de Saint-Nazaire (« A Saint-Nazaire »), dénonciation des maladies causées par la bombe atomique (« Bura-Bura » sur les rescapés d’Hiroshima) alors que la France vient de procéder à des essais nucléaires aériens en Polynésie… Elle met également en musique deux poètes du XVIe siècle : Oliver de Magny (« Aurons-nous point la paix ? » qui condamne la guerre) et Louise Labbé (« Baise m’encor ‘ ») ainsi que Vladimir Maïakovski (« Désembourbez l’avenir ») et une nouvelle fois Victor Hugo (« La blanche aminte »).

Colette Magny continue de mélanger textes chantés, parlés, cris, phrasés libres et collages sonores sur Magny 68/69 paru en 1969. Cet album est un véritable témoignage sur les évènements de Mai 68 en France, la révolte étudiante et ouvrière. « Nous sommes le pouvoir » utilise des documents sonores de William Klein et Chris Marker pris sur le vif au Quartier Latin. Colette Magny y avoue « se planquer » dans les usines et chanter pour les travailleurs alors que les étudiants se battent dans les rues. Un peu plus loin, une étudiante rassure une mère par téléphone qui n’a pas de nouvelles de son fils… « La fin de tout » propose un collage de textes de Max Jacob sur une musique expérimentale. « Le Boa » commence par la première prise de parole d’une jeune délégué CGT et décrit à la première personne l’existence d’une ouvrière qui travaille à la chaîne en usine. « La pieuvre » dénonce les conditions de travail des ouvriers de la pétrochimie française. « Ensemble » aborde le thème de la grève en usine… Colette Magny évoque en fin de disque les révoltes anti-impérialistes avec « L’écolier soldat », « Dur est le blé » (texte de Louis Soler sur la guerre d’Algérie) et « Lorsque s’allument les brasiers » (comprenant des citations d’ Ernesto Guevara).

Avec Feu et Rythme en 1970, Colette Magny se libère des structures traditionnelles de la chanson (couplets/refrains, versification, mélodie) et introduit le free jazz dans sa musique. Elle y est entourée de deux contrebassistes, Beb Guérin et Barre Phillips et d’une choriste, Dane Belany. Elle rend hommage à la race noire et à sa culture avec ses propres mots (« K3 blues », « U.S.A. Doudou ») ou en empruntant ceux de Agostinho Neto, poète et homme politique angolais (« Feu et rythme ») et de LeRoi Jones, poète et militant noir américain (« Brave nègre »). Elle met en musique Pablo Neruda (« Soupe de poissons », « L’église de Taban »), Lewis Carroll (« Jabberwocky ») et Max Jacob (« Malachites »). Colette Magny persévère dans la voie du free jazz avec Répression en 1972. La première face est enregistrée en continue en compagnie des meilleurs musiciens de free jazz présents à Paris à l’époque : Beb Guérin (contrebasse), François Tusques (piano), Bernard Vitet (trompette), Juan Valoaz (saxophone alto) et Noël McGhee (batterie). Colette Magny y reprend des slogans et textes des Black Panthers (Oink Oink : « Babylone », « Cherokee », « Djoutche », « Libérez les prisonniers politiques »). La deuxième face est enregistrée avec les deux contrebassistes du disque précédent. Magny y dénonce les formes de répression (« Répression »), témoigne de la vie des mineurs (« Chronique du Nord »), soutient le peuple basque (Camarade-curé » avec des chœurs en langue basque)…

A cette époque, Colette Magny est censurée à la radio, ne passe pas dans les médias. Elle se produit en concert dans les maisons de la culture, lors de manifestations politiques, de galas de soutien… En juin 1974, elle donne un concert dans un village du Haut Var en compagnie de Maxime Le Forestier, de Léo Ferré, Mouloudji, Imanol et de Joan-Pau Verdier. Une partie des bénéfices permet l’enregistrement du disque Chili, un peuple crève, paru en 1975. On y retrouve Maxime Le Forestier, sa compagne Mara et Colette Magny qui y interprète trois chansons des chiliens Violeta Parra et Victor Jara (ce dernier ayant été assassiné en septembre 1973 par les militaires après le coup d’état).

En 1975 paraît Transit (« La panade », « Les cages à tigre », « la bataille », « Le pachyderme », « Ras la trompe »…) Colette Magny enregistre avec le Free Jazz Workshop de Lyon dont fait partie à l’époque le jeune Louis Sclavis (clarinette basse, saxophone soprano). Au printemps 1976, Colette Magny monte le spectacle Visage-Village à la Cartoucherie de Vincennes, autour de peintures et sculptures de Monique Abecassis et de musiques de Lino Léonardi. Ce spectacle évoque la vie d’une femme dans un environnement rural. L’album Visage-Village paraît en 1977.

Elle travaille par la suite dans les Vosges avec un groupe d’enfants handicapés d’un institut médico-pédagogique. Elle enregistre leurs voix, leurs improvisations à l’aide de différents instruments dont certains fabriqués par eux-mêmes. Ce disque collectif, Je veux chaanter est publié en 1979. Colette Magny monte un spectacle sur la conflit israélo-palestinien au Théâtre de la Ville (« Un juif à la mer un palestinien au napalm »), rend hommage à Antonin Artaud avec un album comprenant un montage de ses textes (Thanakan, 1980).

En 1983, elle revient à des formes plus traditionnelles, au blues et au jazz de ses débuts avec l’album Chansons pour Titine enregistré avec des musiciens de jazz : Patrice Caratini et Henri Texier (contrebasse), Claude Barthélémy (guitare), Maurice Vander (piano), Jean-Pierre Chaty et Richard Foy (saxophones)… Elle y reprend des standards (« Strange Fruit » interprété à l’origine par Billie Holiday, «You Go To My Head », « My Heart Belongs To Daddy » de Cole Porter, « The House Of The Rising Sun » chanson folk traditionnelle américaine, « All Of Me », «Young Woman's Blues de Bessie Smith …), y chante l’hymne des Black Panthers (« The Meeting »), une nouvelle version de « Melocoton » et « Prison » (poème de Paul Verlaine sur une mélodie de Gabriel Fauré). Elle se produit au Festival d’Avignon et au Théâtre de la Ville. Sans maison de disques elle lance une souscription par le biais du journal Télérama pour pouvoir sortir en 1989, Kévork (« Quand j’étais gamine », « Exil », « Sphinx de nuit », « Caqueta »…) Evocation de la pintade, symbole pour Colette Magny d’une intransigeante liberté, ce disque bénéficie de la direction musicale de Michel Precastelli (également compositeur de certains titres), d’Hélène Labarrière à la contrebasse, d’Aldo Romano à la batterie, de César Stroscio au bandonéon…

En 1991, elle publie un album d’inédits avec « Rap toi d’là que je m’y mette », « La terre acquise », mais aussi une reprise de « Love me tender » d’Elvis Presley. Elle a inspiré des chanteuses comme Catherine Ribeiro ou Mama Béa Tekielski. Colette Magny est décédée le 12 juin 1997 à Villefranche-de-Rouergue dans l’Aveyron. Elle disait : « … Dans la famille coup de poing, Ferré c’est le père, Ribeiro la fille, Lavilliers le fils. Et moi la mère ! ».

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