Nass El Ghiwane

Créé le 29 septembre 2010 |
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En juin 1971, l'assistance du théâtre national Mohamed V de Casablanca se déchaîne littéralement et manifeste son enthousiasme par un tonnerre d'applaudissements. Sur scène, cinq garçons chevelus interprètent, avec conviction et sur un rythme soutenu, un répertoire qui revisite le patrimoine musical marocain tout en y incorporant des textes de qualité, reflets de la misère morale et matérielle du peuple.

Le succès du groupe est tel que le public clame son rejet de la seconde partie du programme : l'orchestre de la radio jouant des chansons-loukoum, pâles imitations de la variété égyptienne, qui ont sans doute étouffé des années durant l'émergence d'une musique plus proche de la réalité du pays. Les auteurs de ce nouveau courant musical se nomment Nass El Ghiwan, une appellation qui renvoie à une confrérie religieuse et qui signifie les gens qui aiment leur prochain et la liberté. A l'exception d'Abderrahmane Kirouj, dit Paco, né à Essaouira (l'ex-Mogador où se trouve un important centre de réunion des Gnawa ), tous ont grandi à Hay Mohammadia, un quartier ouvrier de Casablanca, foyer de résistance au colonialisme français.

Ils effectuent leurs débuts sur les planches au sein d'une de ces nombreuses petites troupes de théâtre avant-gardistes lancées par Tayeb Saddiki, le plus célèbre des metteurs en scène marocains. Ils y perfectionnent leur diction et leur gestuelle. Le groupe Nass El Ghiwan est créé au début de l'année 1970 après une tournée de la troupe en France.

A partir de 1973 les Nass El Ghiwan imposent leur style, maintes fois copiés après, qui symbolise à lui seul toute la diversité et tous les contrastes marocains, voire toutes les facettes de l'art sonore du royaume chérifien. Les textes sont frondeurs, impitoyables pour l'idéologie dominante et font revivre la poésie, les proverbes et les dictons populaires, à coup de mots réactualisés et chantés en arabe dialectal accessible à tous. Pour que le message passe mieux, on y associe des rythmes empruntés aux Gnawa (surtout), aux H'madcha, aux Aïssawa ou aux Berbères de l'Atlas, le tout joué sur des instruments acoustiques traditionnels (bendir, guembri, banjo...).

On peut dire avec Ahmed Aydoun (auteur de "Musiques du Maroc",Ed. Eddif) que : "Nass El Ghiwan est un groupe novateur qui, à la fois, respecte les traditions musicales et manifeste une foi profonde dans le changement". Nass El Ghiwan a influencé au moins deux générations d'artistes marocains et si, aujourd'hui la formation exerce peu d'attraction (parfois, ils viennent réveiller encore la nostalgie en France et en Europe), elle n'en demeure pas moins la plus brillante des références marocaines. Il y a bien un avant et un après Nass El Ghiwan. Cet album, gravé à l'époque en hommage à H'gour Boudjemaâ un des membres du groupe disparu tragiquement en 1974, restitue toute la magie poétique et rythmique d'une période inoubliable.

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