Patachou

Créé le 29 septembre 2010 |
Mots clés :

(1918-2015) - Interprète, directrice de cabaret, comédienne

Chose qu’on ne dit pas assez, au-delà des muses, les plus grands chanteurs ont eu besoin de productrice qui du moins les révèle. Patachou est celle qui a encouragé Brassens, sans elle il n’aurait pas osé se présenter en public. Elle lui a aussi fait rencontrer son futur promoteur Jacques Canetti.

Plus que cela Patachou, par la rigueur de sa personnalité et une sorte de quant à soi bien à elle est une remarquable interprète, ce qui est un art, répétons-le !


BIOGRAPHIE :

Patachou, de son vrai nom, Henriette Ragon naît à Paris à Ménilmontant le 10 juin 1918. Son père exerce la profession d’artisan céramiste et sa mère est femme au foyer. Issue d’un milieu modeste, elle commence à travailler assez tôt comme sténodactylo notamment aux éditions musicales Raoul Breton. Elle est ensuite gérante d’un magasin de chaussures. Elle rencontre l’antiquaire Jean Billon avec lequel elle se marie en 1943. Ils ouvrent en 1946 une pâtisserie, rue du Mont-Cenis à Montmartre. Elle y acquiert son surnom : Patachou ! Deux ans plus tard, ils achètent le local attenant et y installent un restaurant. Elle se met progressivement à animer ce lieu, baptisé Chez Patachou, en interprétant à la demande des clients des chansons gaillardes et les refrains de l’époque. Ce tour de chant devient vite incontournable dans le quartier. Armée d’une paire de ciseau, Patachou coupe et collectionne les cravates de ses clients célèbres et les suspend au plafond de son établissement. Son restaurant se transforme en cabaret.

Maurice Chevalier, qui habite la rue Ravignan toute proche, la remarque et l’encourage à chanter. Il la baptise « Lady Patachou ». Elle se produit dans divers cabarets, puis le 3 février 1950 sur la scène du Central de la Chanson. En mai suivant, elle passe en vedette américaine d’Henri Salvador sur la scène de l’A.B.C., puis en octobre en vedette à Bobino. Jacques Canetti est dans la salle. Il engage Patachou aux Trois Baudets. Elle y débute le 8 décembre 1951 dans le spectacle Allegro.  Elle y interprète notamment "Bal, petit bal" (Francis Lemarque) et "Mon homme" (Jacques-Charles-Albert Willemetz/Maurice Yvain), chanson créée et popularisée par Mistinguett en 1920. Elle continue en parallèle d’animer son cabaret. En octobre 1951, y débutent Les Pinsons, duo comique constitué de Raymond Devos et Pierre Verbecke. Le jeudi 6 mars 1952 assez tard, après le départ des derniers clients, Patachou auditionne Georges Brassens, alors totalement inconnu. Il entonne "Le Gorille", "La mauvaise réputation", "La chasse aux papillons"… Pierre Nicolas, alors contrebassiste du lieu, l’accompagne. Brassens chante plus d’une heure. Patachou est conquise et l’engage. Il débute le samedi suivant. Elle présente Ray Ventura à Brassens qui cherche un éditeur. Elle demande à Jacques Canetti (impresario, directeur artistique chez Philips, directeur du Théâtre des Trois Baudets) de venir l’écouter. Canetti l’engage pour une tournée d’été de quarante dates avec Patachou et Les Frères Jacques, le fait ensuite passer aux Trois Baudets et lui fait enregistrer quatre 78 tours deux titres pour la firme Polydor qui sortent tout au long de l’année : "Le Gorille" et "Le mauvais sujet repenti", "La mauvaise réputation" et "Le petit cheval", "Corne d’aurochs" et "Hécatombe"… Patachou offre à Brassens son premier public et le persuade de continuer à chanter. Elle lui présente Jacques Canetti qui prend en charge sa carrière et elle devient sa première interprète. Elle mettra ainsi à son répertoire : "Les amoureux des bancs publics", "Brave Margot", "J’ai rendez-vous avec vous", "Maman, Papa", "La chasse aux papillons", "La légende de la nonne"... Brassens dira plus tard à son sujet : « Je dois tout à Patachou ».

Patachou programmera de nombreux talents en herbe dans son cabaret comme Jacques Brel, Jean-Claude Darnal, Maurice Fanon, Hugues Aufray, Frida Boccara et Nicole Croisille… Charles Aznavour vient également y chanter.

Sa carrière d’interprète ne cesse de progresser au cours des années 50. Elle se produit sur les plus grandes scènes parisiennes : A.B.C. (1952), Théâtre des Variétés (1954), Olympia (1955, 1957), Bobino (1955, 1957, 1959), Alhambra (1956, 1958)... Les critiques de l’époque célèbrent la qualité de son interprétation et soulignent ses talents de comédienne au service de la chanson. Dès 1953, elle se produit à Londres, puis à New York et dans les grandes villes américaines.

Elle interprète au cours de sa carrière, outre les chansons de Georges Brassens, des classiques du répertoire comme Aristide Bruant ("Rue Saint-Vincent", "Nini peu d’chien"...), mais aussi Léo Ferré ("Le piano du pauvre", en 1954, "La fortune" et "Le temps du plastique" en 1956), Francis Lemarque ("Bal, petit bal", "Paris me regarde"), Charles Aznavour ("Plus bleu que tes yeux", "Sur ma vie", "Vivre avec toi"…), Guy Béart qu’elle est la première à chanter en 1957 ("Bal chez temporel", "L’agent double", "Le quidam", "Poste restante")... Pour elle, Jamblan et Alec Siniavine écrivent "La Bague à Jules". Elle chante également "La complainte de la butte" (Jean Renoir/Georges Van Parys) tirée du film French Cancan (Jean Renoir, 1955), dans lequel elle tient le rôle d’Yvette Guilbert...

En septembre 1960, elle joue dans la comédie musicale Impasse de la fidélité d’Alexandre Breffort et Jean-Pierre Mottier au Théâtre des Ambassadeurs. Elle passe avec succès fin 1961 à l’A.B.C. et à Bobino. Elle délaisse par la suite la France pour une carrière internationale couronnée de succès. Elle se produit en Angleterre et très régulièrement aux Etats-Unis avec un tour de chant en français et en anglais. Après avoir vendu son cabaret à la fin des années 60, elle prend la direction artistique du restaurant cabaret du premier étage de la Tour Eiffel à partir de 1970. Le 19 septembre 1972, elle fait sa rentrée au Théâtre des Variétés accompagnée par Gérard Calvi et son orchestre. Elle y donne une série de soixante récitals. En janvier 1973, elle se produit au Théâtre Fontaine.

A partir des années 80, Patachou se consacre à son métier de comédienne, tant au théâtre, au cinéma qu’à la télévision. Au cinéma elle apparaît notamment dans French Cancan (Jean Renoir, 1955), Napoléon (Sacha Guitry, 1955), Faubourg St Martin (Jean-Claude Guiguet, 1986), Cible émouvante (Pierre Salvadori, 1993) et Pola X (Leos Carax, 1999).


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