Sous les remparts de Léo

Créé le 23 juillet 2014 |
Mots clés : conférence, léo ferré

Concert-conférence par Mona Heftre, comédienne-chanteuse, et Ludovic Perrin, journaliste auteur du livre « On couche toujours avec les morts, une biographie de Léo Ferré », paru en 2013.

L’image des remparts s’est imposée naturellement à nous au moment de chercher un nom pour cette conférence chantée autour de Léo Ferré. Comme une figure irradiante, il nous vient  à l’esprit cette première vision d’un enfant de 5 ans dirigeant, les yeux fermés, sur les remparts de Monaco, des orchestres imaginaires. C’était Léo Ferré, comme il ne cessera dès lors de chercher à se retrouver. Les remparts chez lui sont une limite qui n’attend qu’à être franchie, dépassée.

Les deuxièmes remparts viennent quatre ans plus tard, en 1925, lorsque, âgé de 9 ans, Léo Ferré est envoyé par son père dans un pensionnat religieux en Italie, le collège des Frères des écoles chrétiennes, à Bordighera. Là, dans cette enceinte murée, l’enfant de Monaco s’accouche artiste. Corps et conscience outragés, abusés, trahis, se débattant entre de vaines croyances pour se forger une singulière identité d’anarchiste chrétien. Il l’a chanté dans l’album Amour anarchie. « Tout ce qui est mal est bon », c’est encore et toujours percevoir le monde à travers la notion coupable du Bien et du Mal.

Dès lors, les remparts ne cesseront de se présenter à Léo Ferré, entourant tous ses lieux de vie et de création, jusqu’à ce qu’il parvienne à s’en affranchir, en 1968, quittant le 22 mars, jour ô combien emblématique, à Nanterre comme dans son château du Lot, lorsque l’artiste décide d’escalader ses propres barricades. Le 22 mars 1968, donc, Léo Ferré quitte le château entouré de remparts qu’il habite alors avec son épouse Madeleine, une sorte d’arche de Noé où des animaux recueillis, pour maltraités qu’ils aient été, s’imposent comme la projection fantasmagorique de l’enfant Ferré dans ce collège de Bordighera recréé avec tous ses condisciples du malheur. Dans sa fuite, le mal-aimé fait vrombir des cris d’enfant appelés à rejoindre ceux des étudiants révoltés. Mais que quitte-t-on quand on part ? Que rejoint-on dans sa fuite ?

Léo Ferré. Sa carrière est la plus longue que la chanson française du 20e siècle ait connue, presque un demi-siècle. Et en même temps, elle semble difficilement parvenir à quitter son centre de gravité, un territoire confiné d’obsessions, de récurrences où les rêves butent toujours aux mêmes endroits, comme on se taperait la tête contre les murs.

La vie de Léo Ferré est celle du fils d’un orphelin, Joseph Ferré, tout puissant du Rocher, né le 24 août 1916 dans la Principauté, qui s’est plu, un jour, à inverser les chiffres de sa date de naissance alors qu’il rédigeait ses mémoires sous forme à peine fictionnelle (Benoît Misère). Comme pour rompre la filiation. Comme pour n’exister que par sa propre matrice. Un homme part faire l’artiste, encouragements tièdes de Charles Trenet puis encouragements réjouis d’Édith Piaf, piges, cachets, nuits de cabarets, une femme, Odette, puis une autre, Madeleine, premiers succès, Catherine Sauvage, pas d’enfant, mais des chansons, pas d’enfant mais des chimpanzés, qui escaladent les remparts de l’île du Guesclin, en Bretagne, ou de Perdrigal, le château du Lot, puis une autre femme encore, Marie-Christine, Marie comme la mère du Christ, qui sert, accouche, donne des enfants à l’enfant Ferré, dans une maison sans remparts ni murailles, sous le ciel bleu de la Toscane. Nous, à l’ombre de ces remparts-là, aurons contemplé nos blessures à travers celle d’un artiste qui semble chanter comme on tutoierait à travers la cloison d’un confessionnal. Le premier des remparts qui soit.

Ludovic Perrin
Auteur du livre On couche toujours avec des morts, paru chez Gallimard


Avec :
Ludovic Perrin : conférencier
Mona Heftre : chant
Bernard Teissier : contrebasse
Charles Tessier : piano

 

[1ère partie]


[2nde partie]



Chansons interprétées :

« La vie d’artiste » (Léo Ferré-Francis Claude/Léo Ferré, © 1953 éditions Méridian)
« Mon petit voyou » (Léo Ferré/Léo Ferré, © 1954 éditions Méridian & Mathieu Ferré et Cie)
« Les bonnes manières » (Léo Ferré/Léo Ferré, © 1962 DR)
« Pépée » (Léo Ferré/Léo Ferré, © 1969 éditions Méridian & Mathieu Ferré et Cie)
« Cette blessure » (Léo Ferré/Léo Ferré, © 1970 éditions Mathieu Ferré et Cie)
« Tu ne dis jamais rien » (Léo Ferré/Léo Ferré, © 1971 éditions Mathieu Ferré et Cie)

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